Nuit Noire est une expérience in situ,
un parcours artistique à travers la ville,
ses souterrains et leur histoire.
Trois années de suite,
artistes et passionnés ont élaboré
une composition visuelle et sonore,
se jouant des conditionnements et
attentes de ses spectateurs.

La première édition a pris la forme
d'une aventure initiatique
dans les souterrains de Paris.
Les visiteurs ont alors été guidés
au sein de lieux remarquables,
investis par une vingtaine
de propositions artistiques dispersées
dans plusieurs kilomètres de galeries.

Après avoir transformé une bougie en lampe de fortune pour entamer une procession entre marche funèbre et danse macabre*, les visiteurs ont rejoint l'ossuaire pour se recueillir sur un crâne du XIIe siècle transformé en autel de partage de données numériques. Le transfert effectué, le chemin se poursuit dans une progression chromatique où nombre d'artefacts technologiques viennent jouer avec les limites de nos perceptions.
* « La danse macabre est un motif artistique populaire [...] élaboré à la fin du Moyen Âge. Elle est un élément de l'art macabre du Moyen Âge, du xive au xvie siècle. La première Danse Macabre a été réalisée à Paris, au Charnier des Saint-Innocents en 1424. Elle se nourrit des inquiétudes des temps de crise en y répondant par la force de l'imaginaire. Par cette sarabande qui mêle morts et vivants, la Danse macabre souligne la vanité des distinctions sociales, dont se moquait le destin.» src:Wikipédia

La deuxième édition s'est déroulée
dans les souterrains du Val-de-Grâce,
sous une superficie au sol de plus de cinquante
mille mètres carrés. En petits groupes,
munis de boussoles et de plans, les invités ont
découvert librement les propositions artistiques dans
un dédale ponctué de lieux dits.

Le chemin commence dans un champ de ruines. Au détour des murs surgissent les ombres de travailleurs oubliés et des témoignages photographiques de vestiges de la société du spectacle. Se diriger alors vers les lueurs de lointaines bougies ne résultera qu'à errer en vain. En apprenant à se repérer, cataphiles et touristes s'enfoncent dans les bermudes.

L'invitation au voyage provoquée par la projection de vues aériennes d'une île tropicale est dérangée par les souvenirs sordides de ses habitants. Toiles d'araignées, poissons argentés et boussole hantée suggèrent le chemin.

Une galerie apparaît balayée par un inquiétant faisceau. Au-delà de cette confrontation panoptique, c'est dans l'obscurité de l'arche perdue, que des formes de survivances se révèlent. Des dispositifs électroniques repliés dans des cavernes émettent des signaux. Les oscillations hertziennes, mécaniques et sonores d'un laboratoire expérimental résonnent dans le château des cloportes.

Des connexions s'établissent. La salle des ballons devient le repaire de cartographes et de chercheurs, défenseurs de l'open data. Les films, documentaires, et archives projetés tissent des liens entre les méandres de nos cerveaux et de nos réseaux.

La suite est jalonnée par des propositions tant géométriques que lumineuses, points de fuites vers la salle électrogène. Les vibrations d'un live électronique expérimental clôturent la nuit.

Afin de continuer à jouer
du déconditionnement du spectateur,
désormais initié ou dans l'attente
d'aventures, la troisième édition
s'est transformée en un jeu sens dessus dessous,
induisant une confusion entre espaces publics
et souterrains.

Après une distribution de cartes sur le perron de l'Inspection Génerale des Carrières, une marche commence sur le boulevard en suivant le tracé des galeries de l'ossuaire officiel.

3.1 La ville

Première halte, un ensemble de musiciens aux instruments électromécaniques débute son hommage au concert clandestin de 1897*. En remontant la rue de la tombe Issoire, un square accueille une table ronde entre deux chercheurs partageant avec l'auditoire leurs questionnements sur le contexte social, culturel et scientifique actuel. La foule se disperse en tentant de se repérer dans les rues dont les noms ne correspondent plus toujours à leurs parallèles souterraines.

S'en suit une quête aux œuvres glissées dans la ville. Voix de philosophes, lectures de « voyage au centre de la terre », bruits d'eau captés et réenregistrés en souterrain, s'échappent de soupiraux, de trappes et de bouches d'évacuations. Un cairn mène vers l'escalier, où des livres remontés de la bibliothèque libre des catacombes révèlent des messages subliminaux.

Dans les rues, des coursiers font la ronde et diffusent la première partie de la programmation radiophonique de paysages sonores captés dans les souterrains. Plus loin, une antenne radio s'échappe d'une plaque, le bateau pirate d'un jardin d'enfants prête sa table d'échec. Les joueurs s'affrontent avec un jeu uniformément noir composé des pièces dessinées par Marcel Duchamp. S'entame alors une longue marche jusqu'aux voies de la Petite Ceinture et ses tunnels.

3.2 Les tunnels

L'apparition d'un puits paré de paillettes sonne le début d'une série de performances. Des bruits retentissent. Un homme en bleu de travail traverse le tunnel en tirant une plaque de fer rouillé dont la friction avec les rails émet des sonorités stridentes reprises par l'écho de la voûte. Un spot de lumière noire s'active. Un cocon se révèle. Un être nu est enchevêtré dans une toile d'araignée qu'il va progressivement étendre sur le public silencieux. Une échelle de fortune glisse lentement le long de la paroi, composée de vêtements unis par une couturière à l’œuvre en surplomb. Le second volet de la programmation radiophonique reprend, les catacombes sont dévoilées par les témoignages de passionnés interviewés en direct depuis un studio souterrain.

3.3 Le parc

Après ces récits d'initiés, rendez vous au pied du Montsouris. Le chemin est ponctué de lueurs, d'ultrasons, de bruits mécaniques et de crépitements électroniques. Un rythme industriel émane de la butte. Les arbres dissimulent des hauts-parleurs de gare. Une plaque de l'Inspection Générale des Carrières transformée en caisson de basses accueille un live à l'atmosphère chamanique. Il est cinq heures, Paris s'éveille, le jour se lève sur un mix de rap français aux allures de manifeste.

Merci à toutes les personnes qui
ont oeuvré à la réussite de ce projet.

Vendredi Treize Nuit Noire Recherches